O'Brothers

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Une série en cours, pour rire, pour interroger la fraternité. Mon frère – je l’appelle mon « frangin » comme on dit en Picardie – habite Laon, la ville où je suis né, où nous sommes nés.

Nous avons ritualisé nos rencontres régulières en nous donnant rendez-vous dans la cathédrale si chère à mon cœur. J’y ai fait mes premiers concerts, j’étais tout enfant, le monde m’appartenait, j’avais l’impression que, parmi les dizaines, parfois les centaines de musiciens, d’enfants, d’adultes qui faisaient de la musique ensemble, j’étais le seul que l’on regardait !

J’y ai entendu des chefs d’œuvre, des choses qui m’ont fait chavirer, Bach, bien entendu, la Toccata et fugue en ré mineur, la Passacaille en ut mineur, sublimes, mais aussi Brahms, ce Requiem allemand tellement beau, la neuvième de Beethoven, un choc.

 Je l’ai visitée comme aucun autre monument, des centaines de fois, je l’ai scrutée, observée dans ses moindres détails, j’en connais les graffitis implorants, témoignants, grivois… Je sais les défauts des pierres, des endroits cachés derrière des portes. J’ai photographié les traces laissées par les visiteurs sur plus d’un siècle, – les visiteurs allemands pendant les guerres, les touristes –, les statues, les moulures, le sol, les chapiteaux… des centaines de photographies.

J’aime ce lieu, profondément, intensément.

La plupart du temps, je viens avec un flash de studio portable et un modeleur, pour avoir une belle lumière.

Et un jour, pour rire, j’ai fait la photographie de mon frangin assis sur la cathèdre, le siège de l’évêque. Ça nous a bien amusés, un retour d’âge, l’insouciance. Et depuis, à chaque rendez-vous, je le place dans une situation incongrue, en croix, en train de regarder un graffiti (il est caché, peu de gens connaissent son existence), imitant saint-Martin, conduisant un orgue, enfermé derrière une grille qui est ouverte… Je m’amuse, je fais disparaitre la cathédrale, je la rends mystérieuse. 

Je crains fort que ça nous fasse rire, et que nous sommes plutôt fiers de cette bêtise enfantine, la peur de se faire prendre par les nombreux touristes ou par un bedeau, un sacristain, un curé de passage…  !

Cette série est « in progress ».