Milouda

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Je suis arrivée en ce pays qui est devenu mon Ici à l’âge de trois ans. Ma mère, ma sœur et moi venions rejoindre mon père qui travaillait déjà Ici.

J’ai suivi une scolarité normale jusqu’au jour où j’aurais dû être admise au collège. Mon père me l’a refusé. Pour lui, je devais rester à la maison pour aider ma mère. Ensuite, il a évolué. Il a accepté que mes plus jeunes sœurs et frère poursuivent leurs études. Il est resté une différence entre nous, les deux aînées qui étions nées en notre pays d’Ailleurs et les suivants qui sont nés Ici. Je me suis mariée et puis je suis venue vivre près de la capitale, Ici.

Cette ville, là où je vis, c’est mon Ici. J’y ai élevé mes enfants. J’y suis bien, même si c’est dans un département souvent décrié. Mon père nous avait obligés à ne parler que la langue d’Ici. Quand on est retourné dans notre Ailleurs longtemps après, on était comme des étrangers là-bas. J’ai dû réapprendre la langue. La langue, ma langue maternelle, je la transmets à mes enfants, mes petits-enfants. Je leur transmets aussi la cuisine, les plats. Ils ont une tout autre saveur quand ils sont préparés là-bas.

Là-bas il y a le soleil, il y a les amandiers, les oliviers, la nourriture, tous les produits sont frais. Là-bas, il y a la famille. Il y a les fêtes, c’est joyeux. Et puis il y a les vêtements. On est bien dedans, à l’aise. Quand j’arrive là-bas, je mets la tenue de là-bas. Je respecte leur façon de vivre.

Où je veux être enterrée ? Mes enfants me le demandent. Là-bas ? Où ? Ce n’est pas facile. Ici ? Où ? Je n’ai pas encore décidé.